Travail, alimentation : qu’est ce qui permet réellement au muscle du cheval de se développer ?
Pour avoir un cheval musclé, tout le monde vous le dira : il faut le faire travailler. Mais le travail est-il la seule possibilité pour développer la musculature d’un cheval ? On entend également « Il doit faire du gras pour faire du muscle », laissant entendre que la graisse peut ensuite se transformer en muscle. Alors en réalité, comment le muscle du cheval est-il produit ? Que doit-on mettre en œuvre lorsqu’on est confronté à un cheval démusclé ?
D’où vient le muscle du cheval ?
Le développement musculaire est l’une des conséquences des stimuli liés à l’entraînement, mais d’autres facteurs entrent également en considération dans la cinétique et l’amplitude du développement musculaire, comme les apports de nutriments par l’alimentation.
La musculature du cheval est principalement composée de protéines (et d’eau). Les protéines qui composent le muscle sont en renouvellement constant. Ce renouvellement est contrôlé par deux processus biologiques :
- Le catabolisme protéique (dégradation des protéines)
- L’anabolisme protéique (fabrication de nouvelles protéines)
Si ces deux processus s’équilibrent, la masse musculaire reste stable. Si la dégradation est plus importante, on observe une perte de muscle. Enfin, si la fabrication est dominante, alors le muscle se développe.
Les mécanismes biologiques de la croissance musculaire
Dans les cellules musculaires, une enzyme particulière joue un rôle central dans la fabrication des protéines musculaires : mTOR (comme chez nous). Lorsqu’elle est activée, elle déclenche l’assemblage des protéines nécessaires à la croissance musculaire. Plusieurs facteurs peuvent activer cette enzyme indépendamment, mais la présence d’acides aminés semble être le déclencheur le plus puissant.
Au contraire, cette enzyme va être inactivée lorsque le muscle manque d’énergie via notamment le glucose, ou qu’il manque d’oxygène. Le but est de permettre au corps d’économiser son énergie en période de stress ou d’effort intense, quand les apports en énergie sont limités. Si l’enzyme est inactive sur une longue période, le muscle perd alors de sa masse.
Il est donc essentiel, pour construire et entretenir une masse musculaire, d’apporter suffisamment de protéines
L’importance de l’alimentation pour développer la masse musculaire du cheval
L’énergie est un facteur clé : un cheval qui manque d’énergie (au sens de « carburant ») puisera dans ses réserves musculaires, entraînant une perte de masse plutôt qu’un gain. Pour assurer un bon développement musculaire, il est donc important de couvrir aussi les besoins en énergie via l’alimentation.
D’autres nutriments sont essentiels et peuvent s’avérer limitants à la fabrication de la masse musculaire. Par exemple, le calcium, le magnésium, le cuivre et le zinc participent à la contraction musculaire et à la synthèse des protéines ; les vitamines B sont essentielles au métabolisme énergétique, à la construction musculaire et à la récupération, etc.
Le gras peut-il se transformer en muscle ?
La différence entre tissu adipeux et tissu musculaire
Pourquoi cette idée de faire du gras pour qu’il devienne du muscle ? Penser que le gras pourrait se transformer en muscle repose sur une méconnaissance fondamentale des bases biologiques car le tissu adipeux et le tissu musculaire sont deux entités distinctes sur tous les plans dès les premières étapes du développement embryonnaire.
Lors de son développement, dès les 20 premiers jours après la fécondation, l’embryon est composé de trois couches différentes :
- L’ectoderme
- L’endoderme
- Le mésoderme
Le tissu musculaire et le tissu adipeux proviennent tous deux du mésoderme, mais se développent selon des trajectoires indépendantes : le muscle se forme à partir de cellules spécialisées dans la contraction, tandis que le tissu adipeux se forme à partir de cellules spécialisées dans le stockage. Ce processus de différenciation est irréversible. Ainsi, un adipocyte (cellule graisseuse) ne pourra jamais se transformer en myocyte (cellule musculaire), et inversement.
Le tissu musculaire est conçu pour être un organe actif, capable de produire des mouvements grâce à des contractions. Le tissu adipeux, lui, sert de réservoir d’énergie. De ce fait, les structures, les protéines et les nutriments qui composent ces tissus sont radicalement différents et non interchangeables et il est donc biologiquement impossible que le gras se transforme en muscle.
« Faire du gras pour faire du muscle » serait alors un mythe ?
Le gras ne peut pas se transformer purement et simplement en muscle. Toutefois, nous l’avons vu : un cheval qui manque d’énergie ne pourra pas fabriquer suffisamment de muscle, mais un cheval « gras » est un cheval qui stocke un excès d’apports énergétiques.
Mais si ce cheval « gras » ne reçoit pas suffisamment de protéines dans sa ration, il ne sera toujours pas en mesure de fabriquer du muscle !
La bonne question à se poser lorsqu’on veut qu’un cheval gagne en muscle serait donc plutôt de savoir si ses apports en énergie sont équilibrés, et ses apports en protéines suffisants.
Quel est le rôle du fourrage dans la production de muscle chez le cheval ?
Le fourrage est la première source d’énergie et de protéines (et acides aminés) de nos chevaux.
- Un foin « moyen » apportera entre 70 et 90 g de protéines par kilo de matière sèche, ce qui permet en principe de couvrir les besoins des chevaux à faibles besoins, mais rarement ceux des chevaux à forts besoins.
- Une herbe de printemps apportera entre 150 et 250 g de protéines par kilo de matière sèche (c’est autant qu’un kilo de steak haché !), ce qui peut permettre de couvrir les besoins de chevaux à forts besoins
Les aliments (granulés, floconnés) interviennent en deuxième intention, si les besoins en protéines ne sont pas couverts par le fourrage.
Un cheval peut et doit avoir une musculature suffisante même s’il ne travaille pas (dans ce cas, elle sera seulement moins « sculptée »). C’est un bon indicateur que ses besoins en énergie sont correctement couverts.
CONCLUSION
En résumé, une alimentation bien équilibrée, combinée à un travail adapté, est essentielle pour aider votre cheval à développer et maintenir sa masse musculaire. Mais travailler un cheval sur des apports en énergie et/ou protéines trop faibles lui fera perdre encore plus de masse musculaire. « Faire du gras pour faire du muscle » est une affirmation fausse, mais qui part probablement d’un postulat correct, qui est que le cheval doit voir ses besoins, notamment en protéines, couverts correctement pour développer un physique harmonieux et musclé.
