Comment connaître le statut nutritionnel de mon cheval ?

You are currently viewing Comment connaître le statut nutritionnel de mon cheval ?

Peut-on connaître le statut nutritionnel de son cheval avec une analyse de sang ou de crins ?

Beaucoup de propriétaires pensent qu’une prise de sang ou une analyse de crins suffit à évaluer les besoins en minéraux et vitamines de leur cheval. En réalité, ces méthodes donnent parfois une image trompeuse du statut nutritionnel. Vous voudriez savoir ce qu’il en est réellement ? Harmonie Nutrition Équine a compilé pour vous les données scientifiques qui vous permettront de comprendre et d’utiliser les analyses adéquates selon votre besoin.

L’analyse de sang chez le cheval : un état des lieux à l’instant T

Pourquoi les taux sanguins peuvent-ils induire en erreur ?

Le sang est avant tout un moyen de transport des nutriments, pas un lieu de stockage. Il reflète uniquement ce qui circule au moment du prélèvement. Il ne montre donc pas forcément l’état des réserves du cheval, ni comment son organisme utilise réellement les nutriments.

Le corps du cheval régule en permanence ses paramètres vitaux : c’est l’homéostasie.
L’organisme maintient donc une certaine stabilité de ces paramètres malgré les variations de l’alimentation, de l’environnement ou de l’état de santé.

Le calcium, par exemple, est vital pour de nombreuses fonctions physiologiques, notamment la contraction des muscles, et donc celle du cœur. Le maintien de la disponibilité du calcium dans le sang est donc une priorité pour l’organisme.  Si l’apport alimentaire est insuffisant, le corps puise dans ses réserves, notamment dans les os. Un cheval peut donc afficher un taux de calcium sanguin normal, alors que son organisme est en train de déstocker le calcium osseux, et de déminéraliser le squelette, pour maintenir les taux dans le sang.

Les nutriments sont-ils forcément stockés dans le sang ?

Certains nutriments ne circulent que faiblement dans le sang, et sont majoritairement stockés dans des tissus ou organes.

On peut prendre l’exemple du fer : en majorité, il est stocké dans l’organisme. Lorsqu’on effectue une prise de sang, on ne mesure que le fer circulant, sans tenir compte des réserves en fer. De plus, l’organisme peut « cacher » le fer pour limiter la croissance des bactéries en cas d’infection. À l’inverse, un excès chronique de fer est fréquent (foin riche, eau ferrugineuse), mais n’est pas toujours visible sur la prise de sang.

Donc encore une fois, un taux bas n’indique pas forcément, et même quasiment jamais, un manque réel ; supplémenter à l’aveugle peut être dangereux.

Quels sont les facteurs qui influencent les résultats d’une prise de sang chez le cheval ?

Deux chevaux recevant la même ration peuvent donc avoir des valeurs sanguines différentes. Pourquoi ? Parce que les résultats peuvent différer en fonction de plusieurs facteurs :

  • L’alimentation juste avant la prise de sang
  • L’effort physique
  • L’hydratation
  • Le stress
  • L’âge
  • L’état de santé
  • Les erreurs lors de la préparation ou de la manipulation d’échantillons

Une hémolyse (mélange du contenu des globules rouges avec le sérum ou le plasma) peutfausser certaines valeurs en libérant les nutriments contenus dans les globules rouges, comme le fer ou le potassium. Certaines vitamines, enzymes ou métabolites sont aussi très instables et nécessitent des conditions strictes ou une analyse rapide, ce qui n’est pas toujours réalisable en pratique de terrain.  

Pour toutes ces raisons, deux chevaux peuvent pourtant présenter des valeurs sanguines différentes malgré une alimentation identique. D’où l’importance de comparer un résultat non seulement aux normes générales, mais aussi aux propres valeurs de référence du cheval lorsqu’il est en bonne santé.

Une bande herbeuse.
Un vieux cheval bai brun.

L’analyse de crin chez le cheval : que montre-t-elle ?

Quel est l’intérêt d’effectuer une analyse de crins de votre cheval ?

L’analyse de crins présente plusieurs avantages :

  • Elle est facile à réaliser : les échantillons peuvent être prélevés et conservés sans difficulté.
  • Contrairement aux poils, les crins ne sont pas influencés par les saisons ou par la mue, ce qui les rend à première vue intéressants pour évaluer le statut nutritionnel du cheval.
  • Les crins emmagasinent les minéraux présents dans l’organisme au moment de leur formation, puis se kératinisent en gardant une trace stable des substances fixées à cet instant.

Elle est notamment pertinente pour détecter certains métaux lourds ou révéler des traces de produits dopants ou anti-inflammatoires.


Cependant, elle reste beaucoup moins fiable pour évaluer de manière précise d’éventuelles carences ou excès nutritionnels.

L’intérêt de l’analyse de crins en cas d’intoxication aux métaux lourds

Certaines conditions environnementales peuvent entraîner une accumulation de métaux lourds dans l’organisme du cheval : sols contaminés par des activités industrielles, pollution de l’air déposée sur l’herbe, eau de boisson polluée, etc.

L’intoxication aux métaux lourds entraîne notamment une augmentation du stress oxydatif, qui peut se manifester par l’apparition de sarcoïdes, des troubles respiratoires comme l’emphysème, une baisse de l’immunité, ou autres. 

Une intoxication chronique aux métaux lourds est particulièrement difficile à mettre en évidence avec une simple prise de sang. Le sang reflète surtout une exposition aiguë ou récente : les métaux lourds y circulent brièvement avant d’être stockés dans les tissus (os, foie, reins) ou éliminés. Une fois cette phase passée, leur concentration sanguine chute, même si l’organisme en conserve encore une quantité significative.

Les crins, eux, sont un bon indicateur pour évaluer une exposition chronique : leur croissance progressive permet de retracer l’historique des niveaux de métaux lourds sur plusieurs semaines ou mois.

L’analyse de crin permet-elle d’évaluer le statut nutritionnel d’un cheval ?

Pour la majorité des oligo-éléments, la science n’a pour l’heure pas établi de lien direct et fiable entre l’apport alimentaire et leur concentration mesurée dans les crins. En effet, les minéraux atteignent les crins de la même manière qu’ils atteignent les autres tissus, c’est-à-dire via le sang. Après absorption intestinale, ils passent par le foie, qui peut déjà en utiliser une partie avant qu’ils n’atteignent les phanères. Ainsi, les taux de certains minéraux ne reflètent pas fidèlement leur apport alimentaire réel ni d’éventuelles carences.

Les crins peuvent parfois donner une indication pour des statuts extrêmes en cuivre, zinc ou sélénium, car ils reflètent en partie l’apport alimentaire à long terme. Cependant, il faut garder à l’esprit qu’il n’existe pas aujourd’hui de plages de référence précises pour définir à partir de quand on atteint réellement un seuil critique ou toxique, ce qui limite l’interprétation de ces résultats.

Par ailleurs, une intoxication au sélénium peut poser problème rapidement : dans le doute d’un apport excessif, mieux vaut vérifier immédiatement par une prise de sang ou une analyse de ration, plutôt que d’attendre un résultat sur les crins qui ne reflétera que l’exposition passée.

_1040408

Même pour les minéraux pour lesquels une corrélation existe, la validité et l’interprétation peuvent être faussées par des facteurs extérieurs qui peuvent influencer les résultats :

  • La couleur des crins : la mélanine fixe le cuivre et le zinc, entraînant plus de variations chez les chevaux à crins foncés.
  • Le lavage des échantillons : un lavage insuffisant peut laisser des salissures ou des résidus de produits de soin.
  • Le sexe : pour certains minéraux, les juments présentent des niveaux jusqu’à 50 % plus élevés que les étalons.
  • La saison : les taux de calcium et de phosphore varient selon la saison.

Enfin, peu de plages de référence fiables ont été établies pour interpréter ces valeurs chez le cheval, ce qui complique encore plus leur usage pour ajuster une ration.

Une bande herbeuse.

Quelle est la méthode la plus fiable pour connaître le statut nutritionnel d’un cheval ?

L’analyse de sang peut refléter correctement certaines valeurs (phosphore, magnésium, sélénium), mais doser simplement les nutriments dans le sang n’est pas pertinent pour évaluer l’apport alimentaire en calcium et en fer mais aussi en iode, en cuivre et en zinc.

L’analyse de crins, quant à elle, est surtout utile pour mettre en évidence une exposition chronique aux métaux lourds. Pour évaluer le statut nutritionnel global d’un cheval, elle n’est pour l’heure ni suffisamment précise ni standardisée. La littérature recommande donc de ne pas s’y fier pour ajuster l’apport en minéraux comme le cuivre, le zinc ou le sélénium, sauf en cas de suspicion de carences ou d’excès extrêmes.

Il est possible d’avoir une première idée de la qualité des apports alimentaires du cheval en l’observant. Une perte ou une prise excessive de gras ou de muscle traduit souvent un déséquilibre entre les apports et les besoins en énergie et en protéines, ou un défaut d’utilisation. Un cheval en bonne santé présente généralement une bonne vitalité et une musculature harmonieuse. L’aspect des phanères est également révélateur : un poil terne, rêche ou décoloré, une corne cassante ou marquée par des seimes peuvent signaler des carences ou déséquilibres nutritionnels. 

Le meilleur outil pour vérifier si l’alimentation couvre correctement les besoins reste l’analyse de ration, idéalement basée sur une analyse du fourrage, quand cela est possible et pertinent.

Bibliographie :

  • Equine applied and clinical nutrition – R. J. Geor, P.A. Harris, M. Coenen. Pages 425 à 441

  • Balanced Equine Nutrition – Blood testing

  • PubMed – National Library of Medicine – Trace mineral and vitamin concentrations in the liver and serum of wild muskoxen from Victoria Island

  • Journal of Animal Science – Inorganic phosphorus content and phosphatase activity of the blood serum of goals

  • Science direct – Effects of dietary mineral intake on hair and serum mineral contents of horses

  • Science Direct – Zinc deficiency

  • Science direct – Clinical assessment of nutritional status and feeding programs in horses

  • Journal of biological chemistry – Inorganic phosphorus of horse serum

  • New Jersey Agricultural Experiment Salon – Diagnosis of nutritional problems in horses

  • Mad Barn – Blood testing for vitamin & mineral levels in horses – Can il detect nutritional deficiencies ?
    Pub Med – National Library of Medicine – Methods of assessment of zinc status in humans: a systematic review

  • Elsevier – Minerals in animal and human nutrition

  • Podologie équine libre – Les carences/excès en éléments minéraux chez le cheval : étude de l’efficacité de l’analyse de crins et du traitement en oligo-éléments

  • Mad Barn – L’analyse des crins peut-elle déterminer le statut en minéraux de votre cheval ?

  • ResearchGate – Analysis of selenium, zinc and copper in hait of horse mares and their neonates

  • ScienceDirect – Mineral intake and hair analysis of horses in Arizona

  • ScienceDirect – Effects of dietary mineral intake on hair and serum mineral contents of horses

  • ACS Publications – Analysis in horse hair as a means of evaluating selenium toxicoses and long-term exposures

  • ScienceDirect – Interrelationships between age and trace element concentration in horse mane hair and whole blood

  • Journal of Animal Science – Mineral concentrations in hair as indicators of mineral status : a review

  • ScienceDirect – Seasonal changes of some mineral status in mares

  • MDPI – Bioaccumulation of mineral elements in different biological substrates of athletic horse from Messina, Italy

  • Journal of Animal Science – Hair as indicator of the calcium and phosphorus status of ponies

  • Sage Journals – Evolution of hair analysis for determination of trace mineral status and exposure to toxic heavy metals in horses in the Netherlands

Laisser un commentaire