Les pathologies de la flore intestinale du cheval

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On le sait, le cheval est un animal bien plus fragile qu’il n’en a l’air, notamment en raison d’un système digestif sensible. Par conséquent, les pathologies sont fréquentes : ulcères, coliques, colites, SME… beaucoup ont un lien avec la santé de la flore intestinale du cheval. Comment mieux connaître les pathologies de l’intestin, pour les prévenir ou les guérir ?

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Quelles sont les spécificités du système digestif du cheval ?

Les différents types de digestion chez les équidés

Le cheval est capable de s’adapter à son environnement :

  • S’il vit au box et qu’il est nourri de plusieurs repas d’aliments concentrés dans la journée,sa digestion sera plutôt enzymatique, comme la nôtre.
  • S’il est essentiellement nourri avec des fourrages, sa digestion sera plus proche de celle
    des ruminants, c’est à dire qu’elle sera plutôt microbienne.

C’est pourquoi, lors d’un changement alimentaire ou de mode de vie, il est important que la transition soit progressive (au moins 10 jours, voire 20 pour les chevaux âgés) pour que l’équilibre perturbé se rétablisse le plus facilement possible.

Comment un déséquilibre intestinal peut-il provoquer une pathologie chez le cheval ?

Plusieurs pathologies seraient liées à des modifications du microbiote intestinal du cheval. Des études mettent en évidence des différences de microbiotes lors de pathologies mais malheureusement les causes et relations sont peu étudiées.

Lors d’un déséquilibre favorisant les bactéries opportunistes (celles qui sont responsables d’une maladie, infection ou autre pathologie) aux dépens des bactéries symbiotiques (les « bonnes » bactéries, celles qui aident notamment à la digestion des aliments) on parle de dysbiose, qui est un déséquilibre du microbiote.

Typiquement, on constate une dysbiose chez le cheval dans les cas suivants, dans lesquels la modification du microbiote est avérée :

  • Diminution globale de la richesse du microbiote
  • Modification du ratio Firmicutes/Bacteroïdetes
  • Augmentation du taux des Proteobacteria
Une bande herbeuse.

Comment apparaissent les pathologies liées à une défaillance de la flore intestinale du cheval ?

Quels événements peuvent être à l’origine d’un déséquilibre du microbiote chez le cheval ?

Les perturbations du microbiote intestinal équin peuvent avoir des causes diverses, parmi lesquelles :

  • Une alimentation inadaptée ou changée brusquement
  • Le vieillissement du cheval ou du poney
  • Le stress
  • La prise d’antibiotiques
  • La déshydratation
  • L’excès ou le manque d’activité
  • Les maladies (Lyme, piroplasmose, ect.)
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La mort des « bonnes » bactéries, un fléau pour la flore intestinale

La disparition des bactéries symbiotiques est synonyme de déséquilibre du système intestinal. En effet, leur mort provoque la libération de toxines qui, en grande quantité, peuvent provoquer des coliques ou des fourbures.

Ces bactéries sont menacées dans différentes situations :

  • Lorsque les apports alimentaires sont déséquilibrés. Par exemple, si l’apport en amidon dans la ration est trop important, l’enzyme qui doit le digérer (l’amylase) ne sera plus en capacité de dégrader tout cet amidon. Il se retrouvera donc dans le gros intestin. Les micro-organismes de l’intestin devront alors se charger de la dégradation de l’amidon, mais les bactéries cellulolytiques (celles qui dégradent les enzymes) ne sont pas adaptées précisément à cette dégradation, ce qui les tue.
  • Lors de la prise d’antibiotiques. Ces derniers ont pour rôle d’empêcher le développement des bactéries ou de les tuer. C’est pour cette raison que leur usage doit être raisonné et/ou qu’il faudra envisager de réensemencer la flore intestinale après un traitement.
  • Lors de changements alimentaires brusques. On peut prendre l’exemple de la mise à l’herbe au printemps, sans transition, après avoir passé l’hiver au foin. Il n’est alors pas rare de voir des chevaux souffrir d’inflammations ou de fourbures, les bactéries utiles à la digestion de l’herbe n’ayant pas été « utilisées » pendant une longue période se sont raréfiées.
Une bande herbeuse.

les principales pathologies liées à une défaillance du microbiote intestinal du cheval

La fourbure, véritable empoisonnement du sang

Lorsque la flore bactérienne change rapidement (par exemple dans le cas cité ci-dessus d’un passage du foin à l’herbe sans transition), la disparition brutale de certaines bactéries qui étaient moins utilisées provoque des dégagements d’endotoxines. Les toxines s’accumulent dans la circulation sanguine avant d’être déposées dans les tissus conjonctifs.

Dans un premier temps, lorsque ces toxines sont présentes en petite quantité, les symptômes sont un engorgement des membres et des pieds chauds.

Si les toxines se développent en plus grande quantité, elles empoisonnent le sang, la circulation sanguine se fait moins bien et les toxines restent accumulées notamment dans les pieds (point le plus bas du corps), ce qui engendre des épisodes d’inflammation pouvant aller jusqu’à la fourbure, des abcès, etc. Le sang est empoisonné par des déchets, des résidus, des toxines, qui ne sont pas éliminés correctement par l’organisme. Des études ont d’ailleurs mis en évidence des modifications de la flore intestinale avant et après un épisode de fourbure.

Le SME, la résistance du cheval à l’insuline

Chez les humains obèses, on observe une flore intestinale déséquilibrée, ce qui peut aussi entraîner une résistance à l’insuline : l’absence de l’espèce bactérienne Akkermensia muciniphila a un impact sur le métabolisme des lipides, tandis qu’une augmentation de Verrucomicrobia semble être un marqueur de l’intolérance au glucose chez les humains.


De même que l’obésité et le diabète, le syndrome métabolique équin (SME) est caractérisé par des dépôts graisseux, l’insulinorésistance (avec hyperinsulinémie) et la prédisposition aux fourbures. Les chevaux SME ont donc aussi un microbiote intestinal déséquilibré. En cas d’inflammation due à un surpoids, les bactéries envoient des signaux chimiques qui induisent le stockage énergétique des graisses dans le corps.

Cheval en surpoids présentant des zones de gras.

Les colites, inflammations du côlon du cheval

Les colites sont les maladies présentant une inflammation du côlon, à haut taux de mortalité. Dans la plupart des colites, un déséquilibre du microbiote est un facteur clé. Des agents infectieux peuvent aussi être liés mais souvent ils ne sont pas déterminés.

Le microbiote serait aussi impliqué dans les coliques. Un déséquilibre de la flore intestinale est associé à la diminution du pH du côlon et à l’augmentation du taux d’acide lactique, ce qui développe une acidose et une modification de la population bactérienne.

On observe alors une modification dans les produits de la fermentation et les nouveaux métabolites formés peuvent avoir des effets indésirables sur la paroi intestinale. La quantité de polysaccharides augmente également, ce qui entraine une réaction inflammatoire. L’augmentation de la production de gaz et son accumulation dans le colon touche aussi la motilité intestinale. Le risque de colique est alors augmenté (le risque de diarrhée également).

Une bande herbeuse.

La santé intestinale, pilier de la santé générale du cheval

Il existe une communication bilatérale entre le cerveau et l’intestin, dont le microbiote fait partie. Les bactéries intestinales influencent les comportements, régulent les réponses émotionnelles et interviennent dans les pathologies du système nerveux. Une dysbiose intestinale peut donc aussi provoquer des changements comportementaux. 

Les troubles de la flore intestinale ont finalement un impact important sur de nombreux aspects de la santé du cheval : désordres métaboliques, moins bon système immunitaire, inflammation, assimilation altérée de l’alimentation, troubles émotionnels etc.

Il est donc primordial de soutenir la flore intestinale (très fragile) du cheval à toutes les étapes de sa vie ! Les chevaux, au même titre que les humains, ne sont pas égaux en ce qui concerne la flore intestinale : deux chevaux vivant dans les mêmes conditions peuvent avoir des flores assez différentes, selon leurs origines, la qualité de la flore transmise par la mère à la naissance, les maladies/bactéries croisées sur leur chemin etc.

En cas de troubles persistants, il est désormais envisageable de faire tester la flore de son cheval afin de mieux orienter les actions à mener.

Cet article a 2 commentaires

  1. Evrard Virginie

    Quoi faire comme test pour la flore ? En analyse ?
    Si dysbiose ou kotwasser ? Merci d aVance

    1. Mathilde Bremer

      Bonjour,
      Equibiome propose des analyses de flore intestinale, vous pouvez les contacter (le rapport est en anglais).
      A bientôt !

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